Mobilität und Raumentwicklung

Les effets du télétravail sur la mobilité en Suisse

28. Oktober 2026 | SYLVAIN GUILLAUME-GENTIL, TRANSITEC

Cette recherche réalisée par le groupement Transitec – Bureau Mobil’homme – UNIL vise à analyser les effets du télétravail sur la mobilité en Suisse, en profitant du « saut » notoire dans les pratiques « avant » et « après » la pandémie de COVID. Cette situation particulière a représenté en effet une occasion assez unique de pouvoir mesurer l’évolution du télétravail à l’échelle individuelle, mais également à l’échelle globale par ses effets sur les réseaux, qu’ils concernent les transports individuels motorisés ou les transports collectifs.

Approche retenue dans l’étude
Approche retenue dans l’étude

Quels constats ?

L’évolution très rapide de la pratique du télétravail lors de la crise du COVID se vérifie de manière claire dans les chiffres, à deux niveaux dont les corrélations sont avérées :


•    lorsqu’on analyse les pratiques au niveau individuel, quand on sait que la part de télétravailleurs a augmenté de plus de 50% entre 2019 et 2023, pour atteindre 37% des actifs en Suisse en 2023 et que le nombre moyen de jours télétravaillés par semaine est passé de 1.43 en 2018 à 1.97 en 2023;
•    lorsqu’on analyse finement les courbes de trafic sur le réseau (auto)routier, ferroviaire et des transports publics urbains dans certaines agglomérations, sur cette même période 2018/19-2023.


Les différences de comportement entre télétravailleurs et non-télétravailleurs ont pu être approchées grâce aux panels étendus des enquêtes à disposition du groupement (enquête UNIL-FNS 2022 et enquête réalisée dans le cadre du présent projet).
 

Distance moyennes parcourues par les télétravailleurs et les non-télétravailleurs selon leur lieu de travail, du lundi au vendredi en 2021
Distance moyennes parcourues par les télétravailleurs et les non-télétravailleurs selon leur lieu de travail, du lundi au vendredi en 2021

Les tendances générales sont les suivantes, en partie corrélées avec le télétravail :

•    un trafic de semaine qui stagne ou se tasse, alors que le trafic de week-end, en bonne partie lié au motif « loisirs », augmente quasiment partout;
•    des tendances d’évolution qui diffèrent selon le jour de la semaine. On remarque une évolution des volumes de déplacements moins marquée les lundis et vendredis, qui correspondent bien aux jours les plus télétravaillés;
•    des tendances similaires mais notoirement plus marquées dans les transports publics que sur le réseau routier, qui s’explique notamment par le recours plus important des télétravailleurs aux transports publics.

Dans une Suisse en forte croissance sur la même période (+3.8% d’habitants et emplois en moyenne), les +0.5% d’augmentation du trafic autoroutier et les -5% de baisse du trafic ferroviaire sur la mobilité du lundi au vendredi confirment que le télétravail a fortement contribué à contrebalancer cette croissance.

Ces diminutions permettent-elles d’envisager de soulager de manière générale le réseau routier et de reconsidérer les capacités à offrir ? Malheureusement pas. Si, dans certaines régions (comme celle de Bâle-Zurich-Lucerne), les diminutions aux heures de pointe sont quasiment généralisées à tous les jours (en moyenne : -4%), dans d’autres régions elles ne se produisent que certains jours de la semaine ou certaines semaines seulement.
 

Evolution du trafic journalier moyen sur le réseau des routes nationales (151 compteurs) et sur le réseau CFF entre 2018/19 et 2023
Evolution du trafic journalier moyen sur le réseau des routes nationales (151 compteurs) et sur le réseau CFF entre 2018/19 et 2023
Allure de la courbe de répartition horaire selon le mode de transport considéré (moyennes sur l’ensemble du territoire suisse, sur les réseau routier et CFF)
Allure de la courbe de répartition horaire selon le mode de transport considéré (moyennes sur l’ensemble du territoire suisse, sur les réseau routier et CFF)

Quid des effets « rebonds », souvent redoutés ? Ils s’avèrent dans les faits bien plus faibles que prévu :

•    Aucune corrélation n’est constatée entre recours au télétravail et allongement des distances entre domicile et travail. Finalement, le télétravail peut être une opportunité d’accepter un nouvel emploi plus éloigné de son domicile, mais il ne constitue pas un motif de déménagement dans une zone plus éloignée de son lieu de travail.

•    Par ailleurs, il apparaît certes probable que le télétravail permette aux télétravailleurs, de par une plus grande optimisation du temps à l’échelle de la semaine, de libérer du temps pour les loisirs. Par exemple, les télétravailleurs faisaient en 2024 1.5 fois plus d’excursions et 1.3 fois plus de voyages avec nuitées que les non-télétravailleurs. Ces effets restent toutefois limités dans leur ampleur.
 

Quelles perspectives pour l’avenir ?

La tendance lourde de tertiarisation du monde du travail en Suisse, comme dans d’autres pays, reste en marche. Année après année, la part du secteur tertiaire continue de grimper, ce qui engendre, sur le long terme, une part d’actifs potentiellement « aptes » au télétravail plus importante. A l’inverse, de nombreux signaux faibles mais néanmoins tangibles démontrent qu’au sein du monde du travail, qu’il soit public ou privé, les niveaux de télétravail atteints après la crise du COVID semblent avoir atteint un point d’équilibre, un seuil, et seront appelée en toute probabilité, à se tasser à l’avenir.

Ainsi, les quantités de jours télétravaillés par actif pouvant travailler à distance pourraient stagner, voire même diminuer ces prochaines années. De ce fait, il est probable que les bénéfices indéniables observés ces dernières années, tant en termes de prestations kilométriques que de lissage des pointes, risquent de n’être guère reproductibles et peineront à être renforcés.

Pour l’avenir, certaines hypothèses semblent se dégager :

•    La quantité de jours télétravaillés devrait se stabiliser, voire potentiellement s’effriter => plus d’effet majeur sur les prestations kilométriques à entrevoir par rapport à la situation actuelle.

•    Le décalage dans le temps des déplacements, rendu possible par une flexibilisation du travail s’appuyant en partie sur le télétravail reste probablement encore possible. Avec une saturation croissante des réseaux, il est probable que les comportements évoluent encore pour éviter certaines pointes et en travaillant encore plus fréquemment de manière hybride entre domicile et lieu de travail => un gain sur le lissage des pointes de trafic reste encore possible et pourra a priori participer à limiter les impacts en termes de capacité sur les réseaux.

Ces dernières années, grâce à la rupture observée lors de la pandémie COVID, le télétravail a pu contribuer de manière non-négligeable à la réduction des déplacements. Il apparaît cependant assez clairement que d’autres leviers devront dorénavant être actionnés pour poursuivre la réduction de la quantité globale et de la longueur des déplacements. Le télétravail a fait sa part.

Le chemin permettant de tendre vers un territoire des « courtes distances » devra être poursuivi, en jouant sur l’aménagement du territoire, une meilleure implantation des différents services, des équipements et lieux de loisirs, etc., en ayant conscience que le potentiel du télétravail ne pourra plus y contribuer de manière significative.
 

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